Source : Artcena
L'Unesco publie un rapport sur l'avenir des politiques culturelles mondiales. Celui-ci révèle, entre autres, que le financement public de la culture demeure non seulement extrêmement faible (0,6% du PIB mondial), mais continue de diminuer.
À la mi-février 2026, l’UNESCO a rendu public un rapport intitulé « Re|penser les politiques en faveur de la créativité », quatrième édition d’une série destinée à suivre la mise en œuvre de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. S’appuyant sur une analyse de 133 rapports périodiques soumis entre 2021 et 2024, il examine les principaux défis liés à l’environnement numérique et à l’intelligence artificielle (IA), au commerce mondial, au développement durable, à la mobilité, à l’égalité des genres et à la liberté artistique.
Tout d’abord, « des déséquilibres structurels et des obstacles à la mobilité » demeurent. Si 85% des pays ayant répondu au questionnaire incluent les industries culturelles et créatives dans leurs plans de développement nationaux, seuls 56% d’entre eux ont fixé des objectifs culturels spécifiques. Le commerce mondial des biens culturels a doublé depuis 2005, pour atteindre 254 Md$ en 2023. 46% des exportations proviennent des pays en développement. Néanmoins, ces derniers ne représentent « qu’un peu plus de 20% du commerce mondial des services culturels ».
Le financement public direct de la culture, qui s’établit à moins de 0,6% du PIB mondial, reste extrêmement faible et continue de diminuer. D’ailleurs, 67% des organisations déclarent subir des impacts directs des coupes budgétaires, « en particulier celles qui soutiennent les droits humains, la démocratie, l’égalité des genres et la participation inclusive ».
En matière de mobilité, 96% des pays développés soutiennent la mobilité sortante, mais seulement 38% facilitent la mobilité entrante en provenance des pays en développement.
Deuxième observation, qui concerne les technologies numériques : celles-ci accentuent les inégalités et la précarité économique. Les revenus numériques représentent désormais 35% des revenus des créateurs, contre 17% en 2018 ; un changement structurel « qui s’accompagne d’une instabilité des revenus et d’une exposition accrue aux violations de la propriété intellectuelle », note le rapport. « D’ici 2028, ajoute-t-il, l’impact des résultats de l’IA générative devrait entraîner des pertes de revenus mondiales de 24% pour les créateurs de musique et de 21% pour les créateurs audiovisuels ». D’où le fait que 79% des créateurs déclarent percevoir l’IA comme « une menace pour leurs moyens de subsistance ».
Bien que 85% des États membres de la Convention mettent en œuvre des stratégies culturelles numériques, les compétences numériques essentielles sont détenues par 67% des personnes dans les pays développés, contre seulement 28% dans les pays en développement, ce qui renforce les disparités entre le Nord et le Sud. En outre, seuls 48% des pays élaborent des statistiques pour suivre la consommation culturelle numérique, ce qui limite l’efficacité des mesures politiques.
Troisième enseignement, les menaces croissantes qui pèsent sur la liberté artistique. Seuls 61% des pays disposent d’organismes de surveillance indépendants chargés de veiller au respect de cette liberté, et 37% font état d’initiatives visant à protéger les professionnels de la culture face à l’instabilité politique, aux conflits et aux déplacements de populations.
Enfin, le quatrième sujet de préoccupation abordé par le rapport concerne la persistance des inégalités de genre. Bien que la place des femmes à la tête des institutions culturelles nationales ait progressé à l’échelle mondiale, des disparités importantes subsistent entre les pays développés, où les femmes représentent 64% des dirigeants, et les pays en développement, où elles ne représentent que 30%.