Source : Artcena
Fin 2024, le ministère de la Culture a chargé l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) d’une mission sur les modèles économiques des six opérateurs du spectacle vivant nationaux que sont l’Opéra national de Paris, le Théâtre national de l’Opéra-Comique, la Comédie-Française, l’Odéon-Théâtre de l’Europe, La Colline, théâtre national, et le Théâtre national de Strasbourg (TNS) ; lesquels représentent, en 2024, 365 M€ de budget consolidé et une subvention de 168 M€, pour une centaine de spectacles, près de 1 500 représentations et 1,4 million de spectateurs.
Si l’analyse met en lumière « des différences structurelles » entre les modèles économiques de l’opéra et du théâtre, et entre les grands EP et le reste du pannel, l’ensemble des EP « ressentent le besoin d’un pilotage stratégique de la tutelle, avec des outils renouvelés », ainsi qu’une doctrine clarifiée sur plusieurs points :
• le mécénat, qui, selon l’IGAC, « doit être pleinement encouragé par le ministère », en adoptant des « principes de référence » (éthique et transparence, prudence dans les prévisions, diversification des sources, structuration et fidélisation des donateurs, pluriannualité dans la contractualisation) ;
• la valorisation des espaces, qui demande, elle aussi, à être « affirmée comme axe de développement commercial, notamment à travers les locations » ; ceci, dans une double visée : optimiser le taux d’occupation des lieux et financer ainsi leur entretien, mais aussi remplir une mission de service public, en ouvrant aux visiteurs des monuments historiques, ce qui aura également pour effet de valoriser l’image de l’établissement et d’élargir sa notoriété ;
• l’actualisation de la politique tarifaire, « à travers des études d’élasticité pilotées par la tutelle ». L’IGAC estime en effet que « les prix différenciés visant à garantir l’accès à tous les spectateurs et non à leur procurer un surcroît de pouvoir d’achat, il importe donc de déterminer précisément le point d’équilibre au-delà duquel certaines catégories de personnes renonceraient à venir en salle » ;
• le gain attendu des tournées, celui-ci ne devant pas être supérieur à celui de la salle, « faute de quoi le public parisien bénéficierait d’un financement croisé de la part des spectateurs en région (cinq des six établissements se trouvant dans la capitale) ».
Par ailleurs, l’IGAC plaide pour une contractualisation pluriannuelle entre la tutelle et les établissements, « si possible dans le cadre de contrats d’objectifs et de moyens consacrant des engagements réciproques, avec un nombre restreint d’indicateurs stratégiques ».
Concernant « le pilotage stratégique de la tutelle » :
• « Instaurer un pilotage stratégique pluriannuel entre la tutelle et les établissements, en clarifiant par une doctrine de référence le recours aux ressources propres et en systématisant les contrats d’objectifs et de moyens, appuyés sur des trajectoires budgétaires partagées avec l’ensemble des parties prenantes » ;
• « Remplacer l’analyse économique centrée sur le « théâtre en ordre de marche » et la
« marge artistique » par une approche plus globale fondée sur la comptabilité analytique par activités, un suivi global de la masse salariale, et une justification de la subvention en lien avec les missions confiées aux établissements » ;
• « Améliorer la saisie des données sur les spectacles dans l’outil SIBIL, en coordination avec le
DEPS, la
DGCA et le SNUM, afin de fiabiliser et enrichir la qualité des données tout en limitant la charge de travail des établissements » ;
• « Renforcer le partage d’information, d’analyse économique et d’expertise à destination des opérateurs, à travers la formation des chargés de tutelle à de nouvelles compétences et l’instauration d’espaces d’échanges de bonnes pratiques avec les EP ».
Concernant le développement des ressources propres :
• « Renforcer la coopération inter-établissements afin de diffuser les outils de connaissance des publics et de gestion de la billetterie les plus avancés » ;
• « Réaliser une étude d’élasticités-prix mutualisée pour l’ensemble des opérateurs ».